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Strangulation intestinale autour du vestige de la veine ombilicale chez un veau BBB

La Société Belge Francophone de Buiatrie (SBFB) enquête sur le terrain et vous propose de découvrir un nouveau cas d'autopsie bovine !

Pour nous suivre : www.buiatrie.vet  


Découvrez ici la nouvelle publication ! Bonne lecture !



La SBFB enquête sur le terrain…  


Quoi de neuf en salle d’autopsie ?






La SBFB,

en collaboration avec le département de pathologie et morphologie de la faculté de médecine vétérinaire de Liège (DMP) ainsi que le département clinique des animaux de production (DCP),

vous présente un nouveau cas :


« Strangulation intestinale autour du vestige de la veine ombilicale chez un veau BBB »



Anamnèse et Clinique


Veau mâle de race Blanc-Bleu-Belge âgé de 56 jours.

 

Le vétérinaire traitant est appelé fin novembre pour visiter ce veau qui ne mange plus, ne rumine plus et qui présente des signes de souffrance (comportement anormal).

 

L’animal n’a pas de fièvre, il urine bien mais ne défèque plus. Il se lève et se couche souvent, mais ne donne jamais de coup de patte vers son flanc (pas de signes francs de coliques).

 

A l’auscultation, le praticien constate un arrêt du transit (absence de bruits digestifs).

Il suspecte une absence de motricité de la caillette (ou du rumen), une cause obstructive (torsion, invagination) et/ou une éventuelle péritonite.

 

L’animal a reçu des antibiotiques (florfénicol) par automédication de l’éleveur.

Le praticien complète ce traitement avec de la paraffine per os, du métoclopramide (Vomend®), des AINS (Emdofluxin®), de la néostigmine (Neoskilab®) et de la dexaméthasone (Fordexin®) pour soulager l’animal.

 

Le lendemain, au vu de l’absence d’évolution favorable, décision est prise de référer l’animal au pôle bovin du département des animaux de production (DCP) de la faculté de médecine vétérinaire de Liège (FMV).


--> Examen clinique :


L’animal est maigre et abattu, son poil est « sale ».

 

• Respiratoire : fréquence de 24, de type costo-abdominal.

 

• Température rectale : 38.8°C, mais les extrémités des membres sont froides.

 

• Cardio-vasculaire : fréquence de 132 (tachycardie), d’amplitude normale.

Choc précordial : normal, TRC : 3 sec, capillaires de la sclérotique : < 3, pli de peau (sec) : 3 sec, énophtalmie (mm) : 3.

 

• Les muqueuses oculaires et buccales sont pâles.

 

• Les ganglions sous-maxillaires, pré-scapulaires et pré-cruraux sont normaux.

 

Examen spécial (systèmes propédeutiques) :

 

- Les matières fécales (peu abondantes) sont liquides et brunâtres.    

  L’abdomen reste cependant souple à la palpation.

 

- Bruits liquidiens à la succussion et à l’auscultation du flanc droit.


--> Examens complémentaires :


Hématologie :  Protéines totales plasmatiques (PTP) 69 g/L

                                  Protéines totales sériques (PTS) 58 g/L

                                  Fibrinogène 11g/L

 

« Le fibrinogène est un marqueur de l'inflammation aiguë qui augmente après 2 jours de processus inflammatoire quel qu'il soit (trauma, virus, bactérie, chimique). C'est une β-globuline que l'on mesure facilement sur le terrain en mesurant les protéines totales. La différence entre les protéines totales plasmatiques (PTP) et sériques (PTS), mesurées au réfractomètre, permet d’estimer la concentration en fibrinogène. Physiologiquement, il se situe entre 3-7g/l. »

 

Analyse des gaz sanguins :  IDEXX VETSAT

 

Ph : 7.26                                     (7,35-7,45) (normes selon Navetat et al.,2003)

PCO2 : 40 mmHg                   (35-44)

tCO2 : 17.4 mmol/L               (20-30)

HCO3 : 16.3 mEq/L                (21-28)

Na : 125 mEq/L                       (136-147)

K : 3.7   mEq/L                         (4.0-5.0)

Cl : 96  mEq/L                          (95-105)

Anion GAP : 16.4 mmol/L  (14-25)

 

On remarque chez ce veau une acidose métabolique, une hyponatrémie, une hypokaliémie.

 

Dosage plasmatique du L-Lactate (Accutrend+) : 6 mmol/L (norme < 2 mmol/L)

 

Aide à l’interprétation du L-lactate : 

 

Le lactate sanguin est avant tout le reflet de la perfusion tissulaire.

En cas d’hypoperfusion générale, on observe une hyperlactatémie (voir plus loin – partie « discussion »).

Secondairement, l’augmentation du taux plasmatique en L-lactate peut être aussi la conséquence d’une synthèse abdominale excessive consécutive à une ischémie intestinale.

 

« La concentration plasmatique en L-lactate est quasi similaire à celle du liquide péritonéal (ratio liquide péritonéal : sang = 0,26-0,91). La norme établie dans ce dernier est d’environ 0,19-1,31 mmol/L. Sa concentration augmente lors d’ischémie intestinale ou abomasale (synthèse de L-lactate lors de la glycolyse anaérobie). Le L-lactate croît d’abord dans le liquide péritonéal puis dans le plasma par la suite. Ce dosage permet alors une indication diagnostique et pronostique lors de colique chez les bovins » (Wittek et coll, 2010).

 

 

Echographie abdominale :

 

L’examen échographique met en évidence :

 

-          des anses d’intestin grêle très dilatées, on constate très peu de « vide » abdominal autour.

-          une absence de péristaltisme.


(Fig 1 – Image échographique d’anses intestinales grêles très dilatées – Pôle Ruminants, DCP - FMV Liège)


On remarque la présence de liquide anéchogène autour des anses intestinales.


(Fig 2 – Image échographique d’anses intestinales grêles dilatées, liquide anéchogène abdominal – Pôle Ruminants, DCP - FMV Liège)

Le caecum n’est pas visualisable.


--> Diagnostic différentiel :


- entérite aigue

- obstruction intestinale haute (intestin grêle : volvulus, invagination…)

- péritonite

- septicémie


--> Pronostic : 


Au vu des résultats d’analyses et de l’examen échographique, le pronostic est très réservé, voire sombre.

A la demande de l’éleveur, une laparotomie d’urgence est toutefois pratiquée sur l’animal le jour même.


--> Chirurgie :


-          Ouverture de la cavité abdominale par incision sur la ligne blanche.

-          Visualisation directe de la masse intestinale sans visualisation de l’omentum.

-          Extériorisation de la masse intestinale.

-          Visualisation d’une zone de strangulation de l’intestin grêle au sein du vestige de la veine ombilicale.


(Fig 3 – Mise en évidence du vestige de la veine ombilicale, zone de strangulation – Pôle Ruminants, DCP - FMV Liège)


-          Par exploration et retrait de fibrine, mise en évidence de la zone d’étranglement au niveau de l’iléon.


(Fig 4 – Mise en évidence de la zone de strangulation – Pôle Ruminants, DCP - FMV Liège)


(Fig 5 – Zone de nécrose post-strangulation – Pôle Ruminants, DCP, FMV Liège)


(Fig 6 – Mise en évidence de la zone de nécrose iléale consécutive à la strangulation - Pôle Ruminants, DCP, FMV Liège)


-          Une entérectomie a été réalisée afin de retirer la zone de nécrose consécutive à l’étranglement.

-          Les artères ombilicales ont été ligaturées.

-          Rinçage de la cavité abdominale avec 1,5L de Nacl 0,9% tiède.

-          Fermeture du péritoine et de la paroi musculaire, surjet sous-cutané et surjet cutané.


--> Traitement péri et post-opératoire : 


L’animal a reçu des antibiotiques (pénicilline), des AINS (flunixine-méglumine) et de la morphine.

Perfusion : NaCl 0.9%, Lidocaïne.


--> Evolution du cas :


Le lendemain matin, l’animal est normotherme et s’alimente quelque peu, bien qu’il soit abattu et présente du bruxisme.


Son état se dégrade au cours de la journée et dans l’après-midi, il est souffrant, abattu et hyperthermique (40,1°C).


Il présente une tachycardie et une dyspnée, les muqueuses oculaires sont congestives et les muqueuses buccales sont pâles.


L’animal reçoit toujours ses perfusions et son traitement antibiotique.


Une échographie de contrôle ne permet pas de mettre en évidence une reprise du péristaltisme. Le caecum est visible et bien rempli.


Le surlendemain, le tableau clinique est identique. La dyspnée s’aggrave. Pas d’amélioration notable.


L’échographie abdominale de contrôle montre à nouveau une absence de péristaltisme. L’échographie thoracique met en évidence une pleurésie.


L’animal décède la nuit suivante.


Une autopsie est alors pratiquée dans le service d’anatomo-pathologie de la faculté (DMP).


Autopsie


Ce veau autopsié en décembre 2023 était dans un bon état d'embonpoint.

 

Il présentait une plaie chirurgicale cutanée suturée de 20 cm sur la ligne blanche passant à gauche de l'ombilic ; cette suture était intacte et étanche, de même que la suture d'entérectomie située sur l'iléon environ 10 cm en amont de la valvule iléocæcale.


(Fig 7 – Masse intestinale dans son ensemble, zone d’entérectomie iléale mise en évidence – Photopsie, DMP, FMV Liège)


(Fig 8 – Zoom sur la suture d’entérectomie iléale étanche et intacte - Photopsie, DMP, FMV Liège)


L'examen nécropsique a révélé :

 

-           un ulcère laryngé latéral droit de 1,2 cm sur 5 mm

 

-          une pneumonie alvéolaire antéro-ventrale nécrotique et/ou hémorragique multifocale plus sévère à gauche entreprenant plus de 50% du tissu pulmonaire


(Fig 9 – Pneumonie alvéolaire hémorragique et nécrotique - Photopsie, DMP, FMV Liège)


-          une pleurésie fibrineuse pariétale et viscérale diffuse plus sévère en région antéro-ventrale

 

-          une abomasite ulcérative multifocale hémorragique (un caillot sanguin de 500 mL et une dizaine d'ulcères de 5 mm à 1,5 cm de diamètre) et une jéjuno-iléite érosive voire ulcérative fibrineuse pseudomembraneuse.

 

(Fig 10 – Abomasite ulcérative multifocale hémorragique - Photopsie, DMP, FMV Liège)


Ce cas était interpellant ; en effet, les lésions pulmonaires étaient très sévères, alors que le veau présentait peu de signes cliniques respiratoires à son arrivée à la clinique. De plus, il a pu être anesthésié sans aucune complication respiratoire lors de la chirurgie d’entérectomie.

Les lésions observées ne permettaient d'exclure ni Mannheimia hæmolytica, ni Histophilus somni.

 

Quant aux lésions digestives, elles étaient compatibles avec une éventuelle salmonellose.



Discussion


Bien que les chances de survie de l’animal aient été compromises dès son admission au vu des résultats des examens cliniques, les pathologies pulmonaires et intestinales concomitantes et/ou responsables de complications n’ont laissé aucune chance de survie à l’animal.


A la demande du propriétaire, aucun examen complémentaire n’a été réalisé sur ce cas, et les étiologies supposées des facteurs de complications n’ont pu être confirmées. En effet, ce veau représentait un cas isolé, il n’y avait pas de pathologie respiratoire de type épidémique dans l’exploitation à ce moment-là. 

 

Pour la discussion de ce cas, un bref rappel des principales affections intestinales non infectieuses responsables de coliques chez le veau sera abordé. Ensuite, nous reviendrons sur les différents examens cliniques et examens complémentaires souvent utilisés en clinique afin d’orienter les choix thérapeutiques et/ou chirurgicaux, et d’émettre un avis sur le pronostic vital pour l’animal en cas de pathologies abdominales obstructives.


A)   Les principales affections intestinales non infectieuses responsables de coliques :


-          Invagination - Intussusception : au niveau de l’intestin grêle ou du gros intestin. Il s’agit d’une invagination d’un segment intestinal dans un autre qui lui est adjacent. Chez le veau, cela concerne plus fréquemment le jéjunum car le mésentère est plus mobile et peu gras.


(Fig 11 – Représentation schématique d’une intussusception - SMITH DF. Surgery of the bovine small intestine. Vet. Clin. North Am. (Food Anim. Pract.), 1990, 6(2), 449-459.)


(Fig 12- Intussusception jéjunale chez un veau - Service de pathologie des ruminants, ENVA - La flèche noire indique le début de l’intussusception, point d’entrée du segment invaginé. La flèche blanche indique la fin de l’intussusception.)


-          Volvulus : rotation de viscère autour d’une attache mésentérique.

La forme la plus rencontrée est le volvulus de la portion jéjunum-iléon.


(Fig 13 –Volvulus jéjuno-iléal dans le sens anti-horaire chez un bovin adulte – service de pathologie des ruminants - ENTV)


Il existe également une forme beaucoup plus grave et rapidement fatale pour le veau : le volvulus autour de la racine mésentérique provoquant une ischémie intestinale très sévère.

 

Une troisième forme plus rare est le volvulus au niveau de l’anse sigmoïde du duodénum (plus fréquent chez la vache, peut-être favorisé par une pyloropexie post-déplacement de caillette).


-          Dilatation et/ou dislocation (torsion, volvulus, rétroflexion) du caecum : 

La torsion se réalise sur l’axe longitudinal du caecum (il se tourne sur lui-même). Assez fréquent chez la laitière haute productrice, plus rare chez le veau.


(Fig 14 – Représentation schématique d’une torsion de caecum - FUBINI et DUCHARME, 2017)


Le volvulus du caecum correspond à une rotation du caecum au niveau de la jonction entre la base du caecum et l’anse proximale du colon ascendant. La rotation a lieu au niveau de la jonction iléo caecocolique. La rétroflexion correspond à un repli de l’apex contre le corps, il peut être soit dorsal soit ventral.

(Fig 15 – Représentation schématique d’un volvulus de caecum avec possibilité de rétroflexion ventrale ou dorsale - FUBINI et DUCHARME, 2017)


(Fig 16 –Rétroflexion dorsale du caecum – service de patholigie des ruminants - ENTV)


-          Incarcération et strangulation de l’intestin grêle :

 

Les incarcérations correspondent au passage d’un segment intestinal dans une structure fibreuse ou à l’enroulement de celui-ci autour d’une bride fibreuse. Il en résulte une obstruction progressive avec écrasement vasculaire.

 

L’incarcération dans une structure fibreuse peut être consécutive à un défaut du mésentère ou du ligament latéral de la vessie.

 

Dans le cas des brides fibreuses, elles trouvent leurs origines :

  (+ fréquent)

•bride d’adhérence consécutive à de la péritonite

•vestige de la veine ombilicale

•vestiges des canaux déférents

 

  (+ rare)

•vestige du canal de l’ouraque

•vestige de la vésicule vitelline

•ligament para-ovarien


-          Atrésie congénitale :  Elle peut concerner l’anus, le côlon et le jéjunum. Le colon est le plus souvent concerné. Cette pathologie a déjà été évoquée dans le cas " Double anomalie congénitale sur une génisse BBB".


-          Obstruction Principalement due aux trichobézoards (léchage) ou ingestion de corps étrangers par pica.



B)   Examens cliniques et complémentaires - pronostic vital :


Examens cliniques et complémentaires


Lorsqu’un veau est présenté pour un abdomen aigu, l’examen clinique va tenter de déterminer le système atteint et émettre un pronostic vital pour l’animal. Il indiquera si une intervention chirurgicale est envisageable ou non.


« Pour l’indication chirurgicale, les critères qui peuvent être utilisables plus fréquemment chez le veau sont notamment l’échec du traitement médical et l’absence de matière fécale.  De plus, en cas de forte suspicion d’occlusion intestinale c’est-à-dire lors de survenue de ballonnement, de forte douleur abdominale, d’absence d’émission de selles et de forts déséquilibres hydriques et électrolytiques, la chirurgie est indiquée (MEYLAN, 2012). »


Les premiers symptômes cliniques les plus fréquemment observés en cas de coliques et/ou d’obstruction intestinale sont majoritairement liés à la douleur :


-          Anorexie, abattement

-          Tachycardie

-          Polypnée

-          Inconfort abdominal

-          Bruxisme


La palpation, la succussion, l’auscultation et la percussion ainsi qu’un examen rectal seront pratiqués en première ligne afin d’objectiver ou non :


-          Un abdomen distendu

-          Une absence de matières fécales

-          Une absence de péristaltisme

-          Une accumulation de liquides intestinaux


En parallèle, les examens complémentaires les plus utilisés en clinique pour la prise de décision en cas d’obstruction intestinale sont :


-          Les indicateurs biochimiques et hématologiques


L’analyse des gaz sanguins montre souvent (du moins dans un premier temps) une alcalose métabolique hypochlorémique en cas d’obstruction intestinale.

Une hypokaliémie, une hyponatrémie, une hypocalcémie, une azotémie et une hyperglycémie peuvent être observés.

 

L’acidose métabolique observée dans notre cas est probablement à mettre en relation avec l’hyperlactatémie qui se développe à la suite de l’état de choc, et le fait que l’atteinte soit distale (iléon).

Plus le blocage est proximal (caillette par exemple), moins il y aura réabsorption d’ions et plus ces mêmes ions seront diminués au niveau sanguin.

 

L’analyse du pH sanguin permet d’orienter la fluidothérapie.

Les bovins en alcalose métabolique sont réhydratés avec une solution de Ringer ou de NaCl 0,9% complémentée avec du chlorure de potassium KCl (1g/10 l) en cas d’hypokaliémie sévère.

Les veaux en acidose sont réhydratés avec une perfusion hypertonique de bicarbonate, puis avec une solution de lactate de Ringer ou de NaCl 0,9%.

 

Le dosage des ions chlorures est intéressant pour mettre en évidence une obstruction intestinale haute (trichobézoard, intussusception du jéjunum, torsion de caillette), on constate alors une hypochlorémie par séquestration des ions chlorures en amont de leur site de réabsorption. 

Dans notre cas, ces ions étaient peu modifiés, probablement parce que la zone d’obstruction était très caudale (juste en avant de la valvule iléo-caecale). 

 

Le dosage des ions Potassium met souvent en évidence une hypokaliémie qui est à mettre en relation avec l’anorexie.

Utile pour adapter la fluidothérapie, sachant que les veaux sont très sensibles aux désordres électrolytiques, et que le pronostic vital en dépend largement.

 

Le dosage du L-Lactate : est un produit du glucose en conditions anaérobies.


Comme dit plus haut, les lactates sanguins sont avant tout le reflet de la perfusion tissulaire, une hyperlactatémie (lactates sanguins >2mmol/L) étant le signe d’une hypoperfusion tissulaire et donc, soit d’un choc hypovolémique (perte de liquide ou séquestration dans le tube digestif), soit d’une vasoconstriction périphérique due à un choc septique, soit le plus souvent dans les maladies digestives obstructives une combinaison des deux. Il va également être produit en cas d’ischémie intestinale, il va s’accumuler dans le liquide péritonéal et être réabsorbé au niveau sanguin.

 

Ce paramètre est étroitement lié au pronostic vital du veau.

 

Selon une étude de LAUSCH et al. réalisée en 2020, le risque de décès est 1,53 fois plus important pour chaque unité en mmol/L de lactate augmenté avant la chirurgie. La corrélation est en encore plus marquée après la chirurgie, avec un risque de décès multiplié par 5,29 douze heures après la chirurgie. Cette dernière mesure serait la plus fiable pour orienter le pronostic, selon cette étude.

 

-          L’échographie

 

Examen de choix qui permet de mettre en évidence la distension intestinale, l’absence de péristaltisme et la présence de liquide péritonéal.

 

-          La paracentèse


Si le liquide péritonéal est un exsudat riche en éléments figurés (fibrine, flammèche de pus) le veau souffre probablement d'une péritonite, ce qui assombrit alors son pronostic vital.

Comme vu plus haut, le dosage du L-Lactate peut se faire sur liquide de paracentèse pour mettre en évidence une ischémie intestinale.



Pronostic vital du veau


 Une nouvelle publication dans le cadre de la thèse du Dr Hélène CASALTA, réalisée au sein du département clinique des animaux de production (DCP) de la FMV, portant sur une étude sur 45 veaux âgés de 1jour à 4 mois étudie la corrélation entre les paramètres hémodynamiques cliniques et le L-lactate, la pression artérielle systolique et l'indice de choc enregistrés à l’arrivée de l’animal en clinique et évalue comment ces paramètres sont liés au pronostic à court terme des veaux de moins de 4 mois présentés en urgence.


L'état de choc clinique a été défini comme « 2 ou plus » en fonction des résultats cliniques des paramètres suivants : FC > 120 bpm, TRC > 2 s et pouls faible.


L'indice de choc est calculé comme étant le ratio entre la fréquence cardiaque et la pression sanguine systolique.


L'analyse statistique a montré une corrélation significative entre :

-          le L-lactate et la fréquence cardiaque (r = 0,570 ; p < 0,0001)

-          le L-lactate et l'indice de choc (r = 0,373 ; p = 0,02)


Une valeur élevée de L-lactate à l'admission était significativement associée à un résultat négatif (décès) (p = 0,045).


Chez les veaux souffrant de maladies digestives obstructives, l'indice de choc était lié au résultat et l'analyse a montré une valeur seuil de 1,13 (Se=0,77, Spe=1).


En conclusion, la valeur initiale de L-lactate sanguin est liée à la fréquence cardiaque, à l'indice de choc et au score de choc clinique.


L’hyperlactatémie à l'admission est liée à un mauvais pronostic chez les veaux de moins de 4 mois.


Un indice de choc supérieur à 1.13 est lié à un résultat négatif (décès).


Retrouvez la publication complète ici --> https://www.mdpi.com/2306-7381/11/1/45



Remerciements :


- au Dr CASSART Dominique (DMP) - Service d’Autopsie (FMV, ULiège)

- au Dr CASALTA Hélène (DCP) - Pôle ruminants (FMV, ULiège)

- au Dr EPPE Justine (DCP) - Pôle ruminants (FMV, ULiège)

- au Dr BURY Gaetan (Vétérinaire référant – Vaux-sur-Sûre)


pour leur aide et leur support technique.


Pour la Société Belge Francophone de Buiatrie,

Dr Henrard Pascal








Sources :


- « Diagnotic et thérapeutique des coliques chez le veau : Enquête auprès des vétérinaires. » - Thèse 2020 – Dr Marie GOMICHON – Ecole nationale vétérinaire d’Alfort - https://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=3227


- « Inflammation et alimentation : des pistes intéressantes. » - Dr Knapp Emilie, Pr Guyot Hughes - 2016 - Département Clinique des Animaux de Production, Faculté de Médecine Vétérinaire de Liège - https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/199131/1/gtv_Knapp_relu%20PLP_EK.pdf


- « La chirurgie de l’intestin du veau et de la vache » - Thèse 2008 – Dr Laetitia Caillat - Ecole nationale vétérinaire d’Alfort - https://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=203


- « Approche de l’intussusception dans l’espèce bovine » - Dr Arnaud Sartelet, Dr Guillaume Lamain, Dr Kamal Touati - Le Point Vétérinaire n° 296 du 01/06/2009 https://www.lepointveterinaire.fr/publications/le-point-veterinaire/article-rural/n-296/approche-de-l-intussusception-dans-l-espece-bovine.html#t1


 - « Evaluation of Blood Lactate, Heart Rate, Blood Pressure, and Shock Index, and Their Association with Prognosis in Calves. » - Casalta, H.; Bayrou, C.; Djebala, S.; Eppe, J.; Gille, L.; Gommeren, K.; Marduel, E.; Sartelet, A.; Seys, C.; Versyp, J.; et al. - Vet. Sci. 2024, 11, 45. https://www.mdpi.com/2306-7381/11/1/45

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