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Pneumonie chronique sur une vache Jersey - Cas d'autopsie mensuel - Novembre 2022

Dernière mise à jour : 13 déc. 2022

La Société Belge Francophone de Buiatrie (SBFB) a décidé d'enquêter sur le terrain et vous propose de découvrir chaque mois un cas d'autopsie bovine !


Découvrez ici la publication de novembre !

Notre premier cas se réfère à une Jersey atteinte d'une pneumonie chronique très sévère.

Bonne lecture !




La SBFB enquête sur le terrain…



Quoi de neuf en salle d’autopsie ?



La SBFB,

en collaboration avec le département de pathologie et morphologie de la faculté de médecine vétérinaire de Liège (DMP) ainsi que le département clinique des animaux de production (DCP), vous présente le cas du mois :

« Pneumonie chronique sur une vache Jersey vêlée de 20 jours »

(Fig. 1 : bovin Jersey - DCP) Lien vers la vidéo : https://youtu.be/4IuQmxZe2Aw


1) Anamnèse

- Bovin Jersey femelle âgée de 8 ans (5 veaux), souche pure mais robe noire, origine Danoise.


- Animal visité ce 26/09 pour hyperthermie (41°C) et dyspnée sévère depuis 4 jours. Automédication par l’éleveur sans succès.

Nombreux bruits de « sifflements » à l’auscultation, respiration laborieuse.

A reçu AINS, AIS et Lincomycine-Spectinomycine pour 3j.


- Revisite le 30/09, pas d’amélioration notable.

Hyperthermie (41°C), auscultation catastrophique.

A reçu : AINS, AIS, Tulathromycine et Tétracycline.

Légère amélioration des symptômes puis rechute.


- Visite le 10/10 par la clinique ambulatoire du pôle ruminant de la faculté.


2) Examen général :

Fréquence respiratoire : 48/min


Fréquence cardiaque : 134/min


Extrémités froides, muqueuses pâles


Pas de dilatation des capillaires de la sclère


Pli de peau supérieur à 5 secondes


Température rectale 38,7°C


Jetage nasal muco-purulent



(Fig 2 : jetage muco-purulent - DCP)

3) Examen spécial

Auscultation :


Partie antéro-ventrale du thorax --> bruits respiratoires inaudibles.

À la place, on entend un bruit « caverneux » ressemblant à des gouttes d’eau qui tombent sur une surface liquidienne et résonnent.

Au pourtour de cette zone « caverneuse », on entend un souffle respiratoire modifié, notamment, par des râles bronchiques surajoutés.


Echographie pulmonaire :


• Nombreuses zones de consolidations pulmonaires antéro-ventrales :

(Fig 3 : zone de consolidation pulmonaire - DCP) Lien vers la vidéo : https://youtu.be/t_TF9pYhRdo



• Liquide pleural massif :

(Fig 4 : liquide pleural à l’écho – DCP) Lien vers la vidéo : https://youtu.be/s3RtOXUtWg0


(Fig 5 : pleurésie à l’écho – DCP) Lien vers la vidéo : https://youtu.be/PnZVxvDR4Vw


- Vu la gravité des symptômes, l’animal est euthanasié ce 11/10.


4) Autopsie

Cette vache autopsiée le 13/10/2022 était dans un bon état d'embonpoint. L'examen nécropsique a révélé des lésions sévères thoraciques. En effet, on observait une pneumonie alvéolaire chronique active antéro-ventrale purulente et nécrosante multifocale.


(Fig. 6 : trachée et lobes pulmonaires gauches – DMP – Photopsie)




Les foyers de nécrose mesuraient de 1 à 10 cm de diamètre avec un aspect sale verdâtre du contenu.


Cette pneumonie entreprenait environ 60% de l'ensemble du tissu pulmonaire.


Les ganglions satellites étaient hypertrophiés, réactifs.





(Fig. 7 : foyers de nécrose lobe pulmonaire droit – Dr Henrard Pascal)






À ces lésions était associée une pleurésie chronique active fibrinopurulente viscérale et pariétale antéro-ventrale.


L'aspect de la plèvre était "sale" verdâtre.






(Fig. 8 : pleurésie chronique – Dr Henrard Pascal)








La trachée et les bronches présentaient une muqueuse congestive et un contenu fibrineux abondant.









(Fig.9 : trachéite – Dr Henrard Pascal)






Il faut encore noter la présence de nombreux infarcti sur les deux reins, une abomasite ulcérative en région pylorique (due à la présence de cailloux), et une métrite purulente avec néanmoins une bonne involution utérine.


(Fig.10 : zone d’infarcissement rénal- Dr Henrard Pascal)










(Fig. 11 : métrite purulente – Dr Henrard Pascal)


6) Conclusions

Les lésions respiratoires étaient évocatrices d'un processus inflammatoire évolutif avec de très sévères lésions nécrotiques.


Ces lésions étaient compatibles avec une étiologie telle que Mannheimia hæmolytica ; néanmoins le caractère évolutif pourrait masquer l'agent étiologique primaire ; ceci devra être pris en compte lors de l'interprétation des résultats.


Des fragments de poumons et de plèvre ont fait l'objet d'examens complémentaires en vue de déterminer le ou les agents étiologiques.


7) Examens complémentaires : (ARSIA)



8) Discussion

Lorsque l’on aborde les problèmes respiratoires chez les bovins, on parle souvent de complexe respiratoire bovin (CRB) chez les jeunes animaux. Or, les pneumonies chez les adultes sont certes plus rares mais revêtent souvent un tableau lésionnel assez gravissime.


Les agents viraux principalement responsables de pneumonie chez les bovins sont : Virus respiratoire syncitial bovin (BRSV), Parainfluenza 3 (PI3), Coronavirus bovin (B-Cov), Adenovirus, (BVD et BHV1 considérés comme agents favorisant la BPIE).


Les agents bactériens principaux sont : Pasteurella Multocida, Mannheimia hemolytica, Histophilus somni et Mycoplasma bovis.

(Les trois premiers agents bactériens sont commensaux de l’arbre respiratoire supérieur et ne viennent coloniser le poumon qu’en cas de stress ou d’infection virale.)


Dans le cas qui nous occupe, les lésions observées en salle d’autopsie étaient compatibles avec une étiologie telle que Mannheimia Hémolytica (bronchopneumonie fibrineuse, hémorragique et/ou nécrotique). Les examens complémentaires nous orientent vers une autre étiologie avec une association de trois agents pathogènes.


PI3 est souvent considéré comme initiateur de la maladie car il atteint les mécanismes de protection du poumon en détruisant les cils vibratiles et les macrophages, laissant ainsi la voie libre pour d’autres agents infectieux (cellules cibles à cellules épithéliales trachéales, cellules ciliées bronchiques, cellules non-ciliées des bronchioles et pneumocytes de type I et II). Très peu de symptômes sont attribués spécifiquement à une infection par PI3, l’infection étant souvent multiple avec d’autres pathogènes, mais une hyperthermie franche, de la toux, un jetage et un abattement modéré sont rencontrés (Ellis 2010).


Pasteurella Multocida, contrairement à Mannheimia haemolytica, ne sécrète pas de leukotoxine. Le mécanisme de colonisation n’est pas encore élucidé au niveau du poumon. D’un point de vue lésionnel, les BPIE à Pasteurella multocida sont de type bronchoalvéolaire, avec une augmentation du volume pulmonaire, des lésions fibrino-suppuratives, une thrombose des vaisseaux sanguins et lymphatiques. On peut également observer un passage vers la chronicité avec une bronchite obstructive et une fibrose péri-bronchiolaire, provoquant une induration pulmonaire, principalement dans les lobes cranio-ventraux (Murray et al. 2017).


Mycoplasma Bovis est un agent étiologique de nombreuses maladies, dans des infections génitales et des avortements, des polyarthrites, des mammites, des abcès méningés, des kératoconjonctivites et otites chez le veau ainsi que dans les affections respiratoires (Thomas et al. 2003). Ce sont des bactéries anaérobies facultatives, intracellulaires. In vivo, l’infection par M. bovis est responsable de bronchopneumonie exsudative et occasionnellement de nécrose focale à extensive du tissu pulmonaire. Bien que les lésions graves de type caséonécrotique soient majoritairement identifiées lors de co-infections (avec en tête les pasteurelles citées précédemment) sur les animaux adultes, elles peuvent être présentes sans association sur les très jeunes veaux, et donc caractéristiques de M. bovis (Hermeyer et al. 2012). Du à divers facteurs (variabilité lipoprotéiques de sa membrane externe, capacité à créer des biofilms, capacité à envahir le cytoplasme de cellules hôtes,…), Mycoplasma bovis présente généralement un caractère chronique et une grande résistance aux antibiotiques.


(Source : LAMY Brice PREVALENCE DES PATHOGENES RESPIRATOIRES ET PRATIQUES VACCINALES EN ELEVAGE ALLAITANT NAISSEUR EN RACE CHAROLAISE Thèse d’Etat de Doctorat Vétérinaire : Lyon, 29 novembre 2019)


Remarque figure 10 : la présence d’infarcti rénaux pourrait être la conséquence de la formation d’emboles nécrotiques à partir de la lésion primaire.



Remerciements :

- au Dr CASSART Dominique (DMP) – Service d’Autopsie (FMV, ULiège)

- au Dr BAYROU Calixte (DCP) – Pôle ruminants (FMV, ULiège)

pour leur aide et leur support technique.



Pour la Société Belge Francophone de Buiatrie,


Dr Henrard Pascal




Retrouvez l'article complet au format PDF ci-dessous :

La SBFB enquête sur le terrain - Cas d'autopsie 001
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